Les montres que vous trouverez sur Twistheure sont toutes magnifiques, jusque là rien d’extraordinaire. Mais elles sont aussi quasiment toutes animées par des calibres manufacturés, au vrai sens du terme. Étant donné que la mention « manufacture » est soumise à peu de contraintes dans son utilisation, on la trouve à toutes les sauces. Yema l’a pourtant bien méritée, puisque la maison a développé son propre mouvement, dans trois déclinaisons qui plus est.

Pourquoi réinventer la roue ?
Développer son propre mouvement est coûteux en trésorerie et en formation, sans parler de la recherche et développement, qui est un département très onéreux. De plus, le principe de fonctionnement d’une montre mécanique est le même depuis belle lurette ( énergie et régulation ), il ne changera pas de sitôt. Les avantages de créer son propre mouvement sont cependant très nombreux ; on peut décider de sa politique industrielle et économique et créer ses complications, se diriger vers la finesse, la performance, l’augmentation de la réserve de marche… L’investissement en vaut donc la peine.

Le statut de manufacturier
Les amateurs de beaux garde-temps savent très bien quelles maisons emboîtent des Eta ou des Sellita, se servent d’ébauches exclusives ou emploient des contractants externes. Au moment de l’achat, ils privilégient les calibres de manufactures. Bien sûr, le prix est plus élevé, mais ne vaut-il mieux pas payer trop cher un mouvement créé en interne plutôt qu’un mouvement de série, même excellent ? Car un Sellita en version chronomètre certifié Cosc ne coûtera pas plus de 400 euros, selon bien sûr la quantité achetée, la finition etc… Or, on voit bien des maisons vendre des montres emboitées au delà de 5000 euros sur la seule base de leur réputation alors que des marques moins prestigieuses utilisent le même calibre dans un produit bien moins qualitatif. Et ça, le client averti le sait. Yema est donc bien très bien placé avec son mouvement CMM ( non certifié Cosc mais dont les performances avoisinent les normes )qui coute 2500 euros seulement.
J’utilise souvent la métaphore des constructeurs et de la compétition automobile pour décoder l’industrie horlogère. Les marques auto partent d’un moteur de série et le modifient pour en améliorer les performances, mais il arrive qu’elles le conçoivent intégralement. C’est un peu plus classe et bigrement plus efficace. C’est pareil avec Omega et ses calibres 1120 ou 2500 ( premières générations )qui modifiait en profondeur des ETA en ajoutant le co-axial, entre autres.
L’indépendance créative et économique
Une maison qui fabrique des pièces est indépendante des augmentations de tarifs des fabricants d’ébauches ( bases de mouvements achetées sur lesquelles on applique des modules pré fabriqués ou développés ). Elle peut concevoir ses propres complications en s’affranchissant des conceptions modulaires rendues obligatoires par l’utilisation d’ébauches, mieux gérer le SAV et éviter les hausses de prix relatives à tous ses fournisseurs si elle fabrique toute la montre en interne. Et qui dit maîtrise des coûts, dit maîtrise du prix de vente. Enfin, le contrôle qualité ne peut qu’être meilleur, ce qui aura une conséquence sur le nombre de retours.
Une fois le coût initial du développement absorbé, les marges deviennent meilleures et la maison horlogère n’a plus qu’à profiter de nombreuses années économiquement avantageuses. Et à améliorer encore son calibre manufacture.
Le CMM.29, des performances de chronomètre et un design industriel assumé
On maîtrise mieux ce qu’on a créé soi-même. Le CMM.29, qui est une version du CMM.20 micro-rotor, propose une réserve de marche et une précision dignes de son rang :


On aime ou pas mais le travail de décoration et le design du CMM sont éloignés de ceux de l’horlogerie classique. Personnellement, j’aime le style industriel que YEMA a choisi même si j’apprécie également les côtes de Genève. Je suis sensible à la modernité, du moins à celle de YEMA dont l’image de marque est plus contemporaine que traditionnelle.



La Granvelle Renaissance
La Granvelle est sortie il y a un moment déjà, mais la Renaissance est une nouvelle édition. Si elles partagent le même mouvement, la Renaissance est plus petite en taille. 37,5 mm contre 39 mm. C’est une différence importante car les boitiers coussins paraissent plus imposants que les boitiers ronds. Pour information, la Monaco trois aiguilles de Tag Heuer mesure 39 mm et la Chaumet Dandy est plus proche des 36 mm. Cela devrait vous aider à appréhender les dimensions.


Plus petit, plus joli ? La discrétion étant un des principes de l’élégance, j’ai tendance à penser qu’il faut éviter les montres trop imposantes, mais c’est une affaire de goût. Il n’empêche que le retour en taille de l’industrie horlogère est de plus en plus perceptible. Ici on a le choix ,car un écart de 1.5 mm entre deux boitiers identiques, c’est beaucoup. Notons que la finesse de la Granvelle Renaissance apporte une vraie valeur ajoutée en termes d’élégance. 8.5 mm, c’est fin, et ce résultat n’aurait pas été obtenu sans un mouvement micro-rotor dont la masse s’intègre dans l’épaisseur du calibre. La seule autre façon de l’atteindre eut été d’utiliser une montre mécanique à remontage manuel.

Un cadran sur quatre niveaux
Vous remarquerez sur l’image qui suit que le chemin de fer surplombe le devers sur lequel sont apposés les index et qu’il est lui même plus haut que le centre du cadran. Ce dernier est également surélevé par rapport au sous cadran des petites secondes. Le tout donne un effet de profondeur et de relief.

D’élégance ,cette montre ne manque pas. Habillée mais polyvalente, le travail du cadran est riche et les petites secondes à 21 heures sont peu courantes. Cette Granvelle Renaissance se portera facilement. Les couleurs bleu, saumon et noir proposées se coordonnent aisément avec les habits de tous les jours. YEMA a produit une très belle pièce avec un beau mouvement et qui vient enrichir un catalogue de plus en plus habillé. La Urban Traveller, par exemple, suit la même philosophie.
Reste à passer l’épreuve du temps et à éprouver la fiabilité des différentes déclinaisons de CMM qui ont permis à la maison d’entrer dans le club des manufacturiers.




