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L’Oris Star et son rôle majeur dans l’horlogerie

Un des modèles majeurs Oris vient de sortir à nouveau. Les manufactures ont-elles perdu le goût de la création ou sont-elles si attachées à leurs modèles iconiques qu’elles les déclinent à l’infini ? Lip et sa T18, Zenith et sa 1965, Universal Geneve et ses Polerouter… Tous ces exemples de pièces historiques revues et corrigées alors que les modèles d’origine sont souvent plus satisfaisants à posséder témoignent-ils d’une crise de la nouveauté ? Ou ces rééditions qui se voient affublées de fonds saphir et sortent dans des tailles incongrues par rapport à leur sortie d’origine incarnent-elles la nouvelle tradition horlogère ?

L’Oris Star, destinée à un public de jeunes ( les Twens , contraction de teens et twenty ), est sortie en 1966. Juste après un grand progrès industriel et juridique relatif à l’attribution du statut d’horloger « officiel ». Jusque là délivrée sous la condition stricte de l’usage de solutions techniques dépassées qui nuisaient littéralement au progrès horloger, c’est sous l’impulsion d’un avocat employé par Oris que les choses ont évolué. Avant d’évoquer cet épisode de l’histoire de l’horlogerie voyons en détails la nouvelle Star, née un an après la bataille de la marque qui débouchera indirectement sur les conditions d’attribution de la mention tant désirée par les manufactures : « Fabriquée en Suisse ».

Le modèle originel

Le boîtier en tonneau barillet n’était pas une nouveauté à proprement parler mais il était très moderne pour l’époque. Les cornes intégrées, l’éloignement de la forme ronde et le poli soleillé incarnaient un souffle nouveau qui sera largement repris dans la décennie suivante.

La fenêtre de date trapézoïdale, un autre élément moderne pour l’époque, était un design originellement proposé par Omega en 1953 si mes informations sont exactes. Le bracelet sans coutures vient clore cette liste d’innovations qui ont inscrit la Star dans la mouvance contemporaine de l’époque. Notons qu’Oris a conservé le plexiglas sur le modèle 2026.

modele original de 1966, crédit Oris
Crédit Oris, modèle de 1966

C’est le calibre 645 original qui animait la Star et il est devenu historique. Premier mouvement manufacture à échappement à ancre à recevoir la mention Swiss made grâce à la victoire juridique menée par Oris.

Fréquence : 18 000 alternances par heure (2,5 Hz).
Rubis : 21 ou 25 rubis selon les versions.
Réserve de marche : Environ 45 heures.
Dimensions : Diamètre de 27,5 mm (12 lignes) pour 6,40 mm de hauteur.
Protection : Système antichoc KIF.
Longévité : Ce calibre de manufacture restera au catalogue de la marque pendant près de 20 ans.

La réédition

La maison Oris restée fidèle à la Star de 1966. La taille est identique au boîtier original, le plexiglas fait son retour également. Le mouvement automatique 733.1 est basé sur l’ébauche SW200 tourne à 4 Hz, la réserve de marche est donc standard ( autour de 38 à 40 heures ). Le grade standard a été très peu modifié en dehors de quelques retouches esthétiques. Le tout reste cohérent par rapport au tarif de la réédition.

Le calibre d’origine 645 est absent, dommage car il était manufacturé par la maison. Oris n’a pas pu utilisé le 645 version 2000, basé sur une ébauche ETA 2836-2 , car la petite seconde était à neuf heures.

La Oris Star nouvelle sur fond vert
Crédit Oris

L’échappement à ancre devenu la norme grâce à l’effort de la maison Oris est bien sur présent, son absence aurait été inexplicable. On le trouve de toute façon partout aujourd’hui alors qu’il était formellement interdit avant 1965, sous peine de ne pas pouvoir se revendiquer horloger.

La forme du boitier réédité est très similaire à la montre de 1966 et c’est l’élément le plus représentatif de ce modèle. Dynamique, moderne, elle convenait déjà au public ciblé : les jeunes adultes ( les Twens ). Les aiguilles, la date, la lunette, le cadran Crosshair du modèle 2026 correspondent à l’originale. Les index à facettes sont également identiques.

Voici un mélange de la version originale et de la réédition que j’ai tenté de réaliser au mieux , on dirait que la forme des cornes est différente, difficile de l’affirmer cependant en se basant sur des images.

fusion du modele de 66 avec la réedition
fusion des deux versions, crédit : Oris

La mention « Twen » a hélas disparu du nouveau modèle, cela aurait pourtant une belle idée de la conserver. Pour le reste on est très proche de l’original, ce qui est souvent le cas pour un réédition.

nouvelle oris star
Crédit : Oris

Swiss Made : c’était moins bien avant

Dans les années 1935-1940 l’obtention du statut d’horloger était soumise à des permis et à des conditions très étranges, censées relancer l’économie du secteur. Elles étaient contre productives et n’allaient pas dans le sens du progrès technologique mais ressemblaient plutôt à une tentative de conserver le statut dans un giron élitiste.

Pour recevoir ce statut d’horloger suisse, les pièces produites devaient l’être en Suisse ( majoritairement) et l’exportation était surveillée. Des contrôles de précision et de fiabilité ponctuels assuraient de la bonne conduite des manufactures. La loi de 1934 qui était censé relancer l’économie après la grande dépression en préservant le « statut horloger » a fini par provoquer l’effet inverse puisque concevoir, produire et contrôler en Suisse ne garantissait pas de recevoir le statut. L’échappement à ancre était par exemple proscrit alors qu’il était à la pointe du progrès. Oris fut longtemps contraint de produire des montres imprécises trop éloignées de son ambition.

1956. Le Dr Rolf Portmann, avocat, commence sa croisade juridique et se bat sur tous les fronts. Interviews, procès sur les conséquences anticoncurrentielles du statut d’horloger et autres procédures ont duré une décennie mais se sont soldées par une victoire.

Le Dr Rolf Portmann
Le Dr Rolf Portmann

Naissance de la mention Swiss made

1965 fut l’année de la levée des restrictions, Oris put enfin produire la Star, première montre de la maison avec un échappement à ancre. Il faut cependant saluer les efforts fournis par la marque dès 1938 afin de fiabiliser et d’optimiser l’ancêtre de l’échappement à ancre : l’échappement à chevilles ( ou à goupilles, son autre nom ).

Calibre 652 kif, une précision chronométrique malgré l'utilisation de goupilles
Calibre 652 kif, une précision chronométrique malgré l’utilisation de goupilles

La différence majeure ? Des rubis synthétiques en lieu et place des goupilles. L’enjeu ? Un meilleur isochronisme puisque le métal ne frotte plus contre le métal, que les huiles sont mieux retenues et que la dureté du diamant prévient l’usure, cause principale de la perte de précision.

Cette bataille juridique et ce progrès technologique ont eu pour effet de libérer l’industrie horlogère. Plus tard, les exigences de qualité propres à la mention Swiss Made se mirent en place et améliorèrent grandement la qualité de l’horlogerie helvétique et internationale.

La réédition de la Star est donc plus importante qu’on pourrait l’imaginer. Elle est au cœur de l’histoire d’Oris, de l’horlogerie et de l’industrie, tant par ces choix esthétiques que par la bataille qu’elle mena dont on peut lire la preuve de victoire sur les plus belles tocantes : Swiss Made.

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