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  • L’histoire de la masse périphérique

    L’histoire de la masse périphérique

    Assez tôt dans l’histoire de l’horlogerie une autre solution que la masse oscillante centrale, située au dessus du mouvement, a été recherchée. Plusieurs techniques ont été éprouvées avec plus ou moins de succès, la plus répandue étant le micro-rotor qui permet une meilleure finesse. La position centrale habituelle de la masse engendre effectivement une épaisseur supplémentaire, j’imagine que c’est la raison principale à la volonté d’intégrer la masse autrement. On peut aussi penser à une raison esthétique car la masse centrale classique cache partiellement la vue dégagée sur le calibre dont on profite sur un mouvement mécanique à remontage manuel.

    Le concept et les raisons de l’échec à l’époque

    Dans les années 50, un horloger italien a imaginé une masse circulaire segmentaire glissant tout autour du calibre entraînant ainsi trois pignons engrenant le remontage. Mais sans réussir à appliquer son idée. Plusieurs raisons ont empêché l inventeur, Paul Gostelli, de la concrétiser.

    • Des éléments critiques bloquaient le passage du segment dont la couronne et sa tige. C’était l’obstacle majeur.
    • Le problème de la friction. Saviez vous qu’en reliant deux dictionnaires ensemble et en intercalant une page l’une dans l’autre, il faut la force de deux chars modernes pour les dissocier ? La force de friction les maintient fermement à elle seule.
      Même en lubrifiant le segment de masse la friction était trop importante, sans compter la résistance des galets et des roulements entraînés. De plus, les huiles de l’époque étaient encore d’origine animales. Aujourd’hui, un horloger n’utilise pas une seule huile, mais généralement 3 à 4 lubrifiants différents qui sont bien plus fluides.
    • La fragilité du système. La force centrifuge exercée sur les petites pièces mobiles par les chocs et les mouvements humains est bien plus grande qu’on ne l’imagine. Il faut penser en termes de proportions; une voiture radiocommandée au 1/32e qui file a 30 km /h correspond à 960 km/heure ( si on se miniaturisait nous-même au 1/32 e ) ou à 170 km/h en termes de lois physiques pures. Tout ça pour dire que les forces rencontrées par une masse sont d’autant importantes quelle est petite.
    • Pas de système d’amortissement. Nous verrons plus bas que la technologie moderne permet aujourd’hui ce qui n’était pas possible à l époque consolider le mécanisme en réduisant les forces.
    • L’absence de CAO ( conception assistée par ordinateur ). Elle a servi a effectuer des calculs micromécaniques indispensables pour le passage de la masse. Sans cet outil c’était un challenge impossible.

    Toutes ces contraintes et difficultés techniques ne permettaient pas à l’époque de réaliser le mouvement à masse périphérique.

    Voici le brevet paru dans les années 50 :

    Brevet otiginal de l inventeur paul gostelli

    La première tentative de Patek : le calibre 350

    En 1970 environ, la manufacture Patek a tenté l’aventure de la masse périphérique mais ce fut un demi échec. Sa solution pour éviter la tige de remontoir fut de créer un mouvement remonté par le fond de boite. Le brevet date de 1965, il décrit une couronne à plat dans lequel la tige de couronne est remplacée par un disque.

    Le rotor est fixé sur un anneau interne denté qui entoure le mouvement, guidé par des galets minuscules il entraîne les rouages du remontoir situés sur l’extérieur de la platine. À noter que la masse était en or pour une question de poids et d’efficacité. Mais le système était fragile et les pannes nombreuses.

    brevet du calibre Patek 350
    Le brevet

    Deuxième tentative, pas mieux

    Hélas, la fiabilité du 350 n’était pas au rendez-vous. La couronne à plat sur le fond de boite était trop près de la peau du porteur, la transpiration oxydait le mécanisme. Et le rendement était trop faible en cas d’activité trop peu soutenue, la montre s’arrêtait alors, à l’instar du calibre à glissière Pierce 861.

    le patek 350 à masse peripherique
    Le 350, crédit Orologico

    Patek revit donc sa copie en 1974 avec le I-350 ( I pour inversé ) en modifiant le sens du rotor périphérique, ce qui améliora effectivement le rendement mais les huiles trop épaisses, la fragilité du calibre et de l’alignement de la masse en cas de choc ont provoqué des pannes toujours en trop grande nombre. Patek a connu son plus rude échec. Aujourd’hui les 350 et I-350 sont extrêmement recherchés par les collectionneurs.

    Le 350 I, crédit : Watch Guy
    vue eclatée du calibre patek 350
    vue eclatée du calibre patek 350

    La masse périphérique, le chef d’œuvre de Bucherer

    C’est Carl F Bucherer qui a réellement maitrisé cette technologie, en 2008. Il a fallu de nouveaux matériaux comme des roulements à billes ultra fins en céramique et du tungstène pour permettre à la masse de glisser correctement et d’entrainer le mécanisme de remontage. Bucherer a également incorporé une « suspension » sur chacun des trois roulements afin de limiter les chocs.

    Description de l'amortisseur du roulement céramique

    J’ignore comment le ressort est remonté par le déplacement circulaire de la masse mais si je devais parier, je dirais que les trois roulements qui sont entrainés par la masse remontent en même temps le ressort.

    manero peripheral date
    Manero Peripheral date, crédit Carl F bucherer

    Carl F Bucherer a ainsi conçu ses mouvements les plus élaborés en interne : le CFB A1000, CFB A2000, le Tourbillon CFB T3000 ou le Répétition Minutes CFB MR3000 et ils fonctionnent tous via une masse oscillante périphérique. Perrelet a également connu le succès mais via une approche différente puisque la masse est placée au niveau du cadran autour duquel elle tourne ( collection Lab Peripheral ).

    perrelet et sa masse peripherique qu on apercoit autour du cadran
    La masse est striée sur la photo, entre 15 h et 21 h

    Le doublé ?

    Le concept est exploité encore plus loin avec cet incroyable mouvement : le CFB T3000. Trois roulements microscopiques guident le tourbillon à l’intérieur de la cage qui n’est ni fixée sur la platine, ni suspendue à un pont. Elle est maintenue par la périphérie, d’où le nom : Double Peripheral. C’est de la haute horlogerie. La vidéo ci-dessous illustre le système.

    Il aura fallu attendre plus de cinquante ans pour que la technologie permette la réalisation d’une idée de 1955. Micro ingénierie, conception assistée par ordinateur et huiles synthétiques furent les piliers de cette réussite horlogère. Aujourd’hui Rolex possède la maison Bucherer Espérons qu’elle sera ainsi plus amplement reconnue en tant qu’horlogerie de haute volée dont les garde -temps somptueux méritent l’admiration des amateurs.

    Manero perpetual date
    Manero perpetual date , dos
    Manero Peripheral double Date