Elle fait partie des premières générations de T18 mais n’a jamais été portée. Elle a traversé un siècle en restant pure et intacte, sans jamais connaître de poignet. Voici une jeune mamie survivante, une T18 des années 40 probablement, état NOS ( New Old Stock ). Issue d’un stock de montres neuves jamais vendues, un fond horloger, cette T18 de première génération est dans un état irréprochable pour son âge et a été conservée dans un coffre. Elle est imperceptiblement patinée mais n’ayant jamais vu de LIP neuve de cette époque en dehors de cet exemplaire, il est difficile d’être catégorique. Révisée, bracelet neuf, elle est prête à vivre sa vie de montre après quasiment un siècle d’attente.
Photo : Twistheure
Son histoire
Je me suis renseigné auprès du vendeur qui tient l’excellent site One of One et cette Lip provient du stock d’un horloger berlinois datant des années 1930 dont ses enfants ont hérité vers 1970 et se sont séparé plus tard. Ce sont les informations délivrées par le vendeur professionnel.
« La montre a été gardée en coffre durant toute cette période, ce qui explique l’absence de patine et une absence totale d’oxydation ».
Entre l’inscription Besançon et le centre, on aperçoit une rayure
Pourquoi cette Lip n’a t’elle pas été vendue ? Une très légère rayure sur le verre en est peut-être la raison. J’ai à peine réussi à la photographier, c’est pourtant la piste la plus plausible quant au fait qu’elle n’a pas été mise sur le marché.
« Ce n’est pas une certitude pour votre exemplaire, mais c’est la piste possible », m’a t’on expliqué.
Un boitier immaculé
Comme neuf, le boitier est brossé sur les flancs et le fond de boite. La couronne est très efficace et le remontage aisé. Les anses fixes limitent le choix des bracelets puisqu’il faut installer des produits spécifiques avec des agrafes et une partie autocollante. Une fois installé le bracelet ne peut plus être changé sans le sacrifier. On en trouve difficilement et la qualité est relative à moins de passer par la fabrication sur-mesure ( 200 Euros ).
photo : Twistheure
Le cadran
Typique des années 30, le cadran deux tons est très aéré et épuré. Le chemin de fer est réduit à sa plus simple expression tout comme les index bâtons. Les chiffres sont excentrés et le tout est parfaitement lisible. Pas de radium ni autre système photoluminescent au programme mais les aiguilles sont bleuies :
Les petites secondes sont à peine visibles si vous avez plus de 40 ans
Le calibre original français
C’est un mouvement T18, spiral Bréguet, conçu par André Donat en 1935 environ et commandé par Frédéric Lip. Ce spiral de grande qualité a largement contribué au succès de ce mouvement car il favorise l’isochronisme ( la continuité de la précision du début à la fin de la réserve de marche ). 15 rubis le protègent de l’usure, un grand balancier et son système bilame ( composé de deux métaux aux caractéristiques différentes ) sont les éléments les plus connus du T18. L’ajustage était effectué sur trois positions dont deux horizontales et une verticale.
Photo Forumamontres
La version 2024
Lip a sorti récemment deux éditions mécaniques en acier et plaqué or aux fonds saphir. Malgré le discours de la marque le calibre n’est pas l’original. L’usinage a été géré par La Joux-Perret, les finitions chez Roland Bailly et l’assemblage par Humbert Droz. Le mouvement est en réalité un Jaquet 736.
C’est moins bien qu’une T18 originale mais c’est très beau. Est-ce que ça vaut 2000 euros ? Disons que c’est le prix du coeur.
La T18 NOS au quotidien
C’est un véritable voyage dans le temps que de porter cette pièce. Pratique, précise, bien plus petite que les versions quartz modernes, elle respire l’authenticité. Bien sur, il a fallu mettre le prix, plus du double de celui d’une T18 vintage. Mais je suis certain que personne n’aurait hésité. Et la boutique One Of One est un trésor, une véritable boîte à pépites. On trouve des montres pour toutes les bourses et elles sont toutes magnifiques. Elles proviennent pour une bonne partie du même fond horloger, ce qui implique dans les cas similaires une conservation dans les règles de l’art.
Il est assez rare que je mette des liens vers les boutiques mais ça en vaut la peine dans ce cas.
Oui, nous aimons les Cartier, les Jaeger Lecoultre, les Breitling. Mais c’est justement parce que nous aimons le beau que nous savons reconnaître une pépite horlogère quand nous en croisons une. Client chez Joseph Bonnie, c’est tout naturellement que j’ai découvert la Serica 5303 et que j’ai proposé une revue. C’est son cadran qui m’a interpellé en premier. Peu adepte des plongeuses, j’ai pourtant eu un vrai coup de cœur pour ce garde-temps et ses index décentrés, sa lunette vert d’eau et ses pièces de bouts qui sont pour moi l’accessoire ultime.
Ni une ni deux, j’ai contacté la marque afin de rencontrer Jérômeet de vous faire découvrir le processus de création de cette pièce bien de chez nous. En parcourant le catalogue puis en rencontrant une partie de l’équipe, il ne m’a pas fallu longtemps pour comprendre que chez Serica, on a longuement réfléchi la naissance de la collection.
Afin de conjuguer esthétisme et fonctionnalité tout en apportant une valeur ajoutée, il était nécessaire d’analyser l’histoire de l’horlogerie et de comprendre ce qui a fait la quintessence des montres iconiques. En résumé, pour faire au lieu de refaire, il faut s’inspirer, comprendre puis proposer.
Anciennes références Serica, WMB
Reflexion horlogère
Qui ne reconnaîtrait pas une Cartier Tank, qui ne saurait pas dire qu’une montre à lunettes tournante est dédiée à la plongée ? Pourquoi certains designs ont marqué l’histoire et comment réitérer cet exploit ? C’est le point de départ qu’à choisi Jérôme. Passionné depuis toujours, ses cahiers d’écoliers étaient probablement parsemés de dessins de cadrans. Les montres, c’est sa vie. Et elle fut nourrie d’une longue réflexion avant d’aboutir à la naissance de la marque.
C’est quoi une montre Serica? Une montre étanche, automatique, certifiée chronomètre. Cette assertion résume la gamme, définit le catalogue de la marque, m’explique Jérôme. Mais avant d’obtenir ce résultat, il y a eu beaucoup de travail.
Les étapes de création
Le point de départ de la création d’un garde temps, je l’ai toujours cru, c’est le design du cadran. Au fur et à mesure de l’entretien avec Serica, je m’aperçois que je ne pouvais pas être davantage dans l’erreur.
Pour penser une montre, il faut partir de sa fonction. Donner une information utile, répondre à un besoin : la lecture de l’heure. C’est à dire faire se rencontrer l’aiguille et l’index.
Autrement dit : du besoin naît la forme. C’est le point de départ de la création du cadran, tout du moins de son design. Toute la gamme a été ainsi créé par Jérôme. On peut d’ailleurs le constater : le style Serica est distinctif.
L’habillage
Index ronds et allongés, aiguilles flèche, appliques épaisses de 0,3 mm, émail. Et bien sûr la lunette qui vient sertir le tout. Elle fut d’abord élaborée en 2D par l’artiste puis envoyée à un bureau d’étude, une autre étape était franchie. On peut certes imaginer n’importe quoi mais il faut que ce soit faisable.
Le point de départ du processus : un cercle en laiton ( probablement utilisé pour sa tendreté ). Il peut être estampé ( pour les plus imposants ) ou galvanisé. Viennent ensuite beaucoup d’étapes qui diffèrent selon le résultat attendu mais les guillochages par exemple sont faits à la main. L’émaillage est également une étape complexe dont la répétitivité et la constance sont les principaux écueils. Bien d’autres échelons sont disponibles et proposés par les cadranniers, un métier de plus en plus rare. Electrodéposition, galvanoplastie, sertissage, brossage… Sans parler des techniques de champlevé, de laquage ou des processus plus modernes comme le traitement pvd ou le laser. Une symbiose entre l’artisanat et la technologie.est indispensable afin d’obtenir le meilleur résultat.
Une gamme cohérente et trois boitiers différents
Le cadran est créé, le processus de fabrication arrêté, il faut désormais s’attaquer aux boitiers. J’utilise le pluriel car la 5303 n’est pas strictement identique à ses sœurs. Même en observant attentivement les trois boitiers, on ne voit pas qu’ils sont subtilement différents. Il fallait rencontrer le créateur pour le savoir. Cornes un peu plus imposantes ici, épaisseur plus importante là, les différences sont discrètes mais réelles.
Les finitions polies et brossées sont, quant à elles, identiques sur tous les boitiers.
Les accessoires Serica, aller retour vers le passé.
Partie intégrante du produit, l’accessoire doit non seulement respecter l’esthétique globale mais il doit aussi la sublimer. C’est encore plus vrai lorsqu’il s’agit de bracelets en métal. Celui qui est livré avec la 5303 met joliment le boîtier en valeur, on note d’ailleurs qu’il comporte également des pièces de bout. Celles-ci fonctionnent uniquement avec le bracelet idoine. Plusieurs solutions pour le remplacer sont disponibles et un second bracelet en acier est disponible.
Le bracelet Bonklip existe depuis les années vingt, m’apprend Jérôme. Idem pour le fermoir déporté. Cela n’empêche pas que chez Serica, tout est pensé et repensé. Le bracelet iconique est bien plus fin que son aïeul ( et plus agréable à porter ). Très léger, il permet à la peau de respirer . Et le sigle de la maison ajoute une touche d’élégance sportive qui m’a personnellement beaucoup plu.
Lorsque vous ramenez le fermoir jusqu’à sa position de fermeture, la double épaisseur ne gêne pas. La glissière reste fluide.
À chaque modèle sa proposition de bracelet
La 6190 a évolué mais nous avons conservé le bonklip en natif. La 5303 est livrée avec son bracelet mesh articulé et la 8315 avec son bracelet en caoutchouc vulcanisé.
Chacun d’entre eux a été étudié minutieusement pour un confort maximum, comme le mesh et son articulation qui permet d’épouser les formes du poignet. Idem pour la finesse du bonklip ou la robustesse du caoutchouc. Ici encore fonction et design se rejoignent dans la recherche du beau.
« Robustes et élégants jusqu’à la boucle », c’est ainsi que nous définissons nos bracelet chez Serica.
Les pièces de bout, le nœud pap’ du boîtier
Pieces de bout guillochées
Si seulement davantage de marques se donnaient la peine de travailler les bracelets au lieu d’agrémenter leurs créations luxueuses du sempiternel croco. Ou avaient la riche idée de sortir un accessoire qui change littéralement le visage de la montre, comme c’est la cas ici.
Longines sur sa Conquest 34 mm et Tudor avec sa nouvelle Black Bay 54 ont sauté le pas mais dans une livrée moins sophistiquée et moins versatile. Les pièces sont dépendantes du bracelet, au contraire des Serica que l’on peut marier avec le cuir de son choix.
Avez-vous remarquer la reprise du motif guilloché ? Tudor 37 mm Longines Conquest 34 mm
Car oui, ajouter les pièces de bout modifie vraiment le look d’une montre. Elles comblent l’espace vide entre le bracelet et le boîtier et changent littéralement la perception qul’on en a.
Plusieurs propositions
Trouver LE bracelet qui mettra le mieux la montre en valeur, c’est bien plus difficile qu’on peut le croire. Il faut un bon stock de bracelets et beaucoup d’essais. Avec la 5303 j’ai testé pas moins de 10 peaux. Et je pense avoir trouvé une ou deux belles combinaisons, dont ce cuir safiano :
Cuir Safiano HANDNN chocolat
Le choix est vaste parmi les matériaux : le cuir, le métal ou les pièces de bout. Tout est compatible avec tout, il est même possible de combiner le bonkliip avec les pièces de bout. Pour chaque occasion, vous pourrez choisir le plus adapté.
En résumé, la 5303 ?
Il faut bien constater qu’en matière de créativité pure on assiste actuellement à davantage de revivals que d’innovations, pense Jérôme. On ne peut pas lui donner tort d’autant plus que ce syndrome s’applique de nos jours à bien d’autres domaines.
La 5303 dénote de la production tout en conservant les codes élémentaires imposés par son genre. La versatilité, l’originalité de ses index et la gamme de tons pastels composent la signature de Serica. La combinaison des accessoires disponibles permet en outre de créer son propre style parmi une belle palette de goûts.
Bracelet Bonklip
Bracelet métal d’origine
Piéces de bout
Cuir ou bracelet caoutchouc vulcanisé
Quant à la précision du mouvement, je n’ai rien à rapprocher au Soprod. Coutumier des calibres manuf, je constate que nous sommes dans les même tolérances que celles de la norme cosc, une des caractéristiques du M100 dans sa version Top ( ou R4 ).
La Serica 5303 est une belle montre, on l’apprécie à chaque regard. On a autant envie de la porter qu’une Zenith, une Chopardou autre maison de grand standing. Et la versatilité rendue possible par le nombre d’accessoires prolonge le plaisir. En un mot : c’est une pépite.
Important
Je finis en précisant que j’ai acheté une 5303 avant d’avoir l’idée de rédiger cet article. Et que nous ne sommes partenaires d’aucune marque, ni adeptes des liens sponsorisés qui nuisent à l’objectivité des tests sur internet. Honi soit qui mal y pense, comme dirait l’autre.